Variables clés de l’adaptation à moyen-long terme des territoires littoraux français face aux risques littoraux
BECU Nicolas (1),  ROCLE Nicolas (2), REY-VALETTE Hélène (3), AMALRIC Marion (4), BAZART Cécile (3), BERTRAND François (4), LONG Nathalie (1), MEUR-FEREC Catherine (5), VYE Didier (1)
1 CNRS, UMR LIENSs, 2 rue Olympe de Gouges, 17000 La Rochelle, France
2 Irstea, UR ETBX, 50 avenue de Verdun, 33612 CESTAS, France
3 Université de Montpellier, UMR CEE-M, Faculté d’Économie Av R. Dugrand, 34000 Montpellier, France
4 Université de Tours, UMR CITERES, 33 Allée Ferdinand de Lesseps BP 60449, 37204 TOURS cedex 03, France,
5 Université de Brest, Institut Universitaire Européen de la Mer, UMR CNRS 6554 LETG, 29200 Plouzané, France
Introduction
Les travaux présentés portent sur l’adaptation des territoires littoraux habités au changement climatique et aux risques d’érosion et de submersion marine. Plus précisément, il cherche à identifier les freins et leviers pour la construction de politiques territoriales d’adaptation à long terme par les collectivités locales. Compte tenu des incertitudes et de cet horizon de long terme, ceci implique des cadres d’analyse mettant l’accent sur le caractère dynamique et adaptatif des systèmes socio-écologiques, à l’image du courant de la gestion adaptative (Armitage et al., 2008). De plus, l’élaboration de scénarios d’adaptation au changement climatique se heurte tantôt à un manque de contextualisation, tantôt à une quantité démesurée d’informations à intégrer. L’objectif de cette étude est donc de formaliser des méta-scénarios d’adaptation face aux risques littoraux qui soient pertinents pour différents types de territoires, et intégrant des dimensions physiques, historiques, socioéconomiques et politiques. Cette approche à la fois systémique et dynamique a été menée en élaborant, pour chaque type de territoires littoraux, des « trajectoires d’adaptation », proches des Dynamic Adaptive Policy Pathways (DAPP) (Haasnoot et al., 2013). Ce travail de scénarisation intègre ainsi des déterminants structurels qui façonnent le « champ des possibles » pour un territoire ou un système donné, incluant les contextes morphodynamiques, les itinéraires sociohistoriques et sociotechniques, mais aussi l’historique en termes d’aléas et de stratégies d’urbanisation. Enfin, les dimensions institutionnelles et politiques, généralement peu traitées dans ces approches en termes de trajectoires d’adaptation, nécessitent de considérer tout autant les dynamiques socio-économiques propres à chaque idéal-type de territoire, mais aussi les dimensions liées aux dispositifs de gouvernance, aux représentations et aux comportements tant individuels que collectifs.
Méthodologie
L’étude s’appuie sur les résultats d’une douzaine de projets de recherche menés sur les trois façades métropolitaines ces dix dernières années. L’analyse et la confrontation de ces résultats de projets passés a associé géographes, économistes, sociologues, modélisateurs, géologues, océanographes, écologues et politistes. La mise en commun des résultats a été opérée selon cinq thèmes distincts : 1) la perception du risque et l’acceptabilité des modes de gestion, 2) l’attachement et la relation au lieu, 3) la gouvernance et les jeux d’acteurs multi-échelles, 4) l’identification des solidarités et des inégalités, 5) l’apprentissage social et l’accompagnement de l’adaptation. Pour chacun de ces thèmes, nous avons réalisés recensés et croisés les principaux résultats, afin d’identifier des variables descriptives des configurations territoriales et des variables explicatives des processus d’adaptation à l’œuvre sur les territoires étudiés. Par exemple, la variable « type de côte » caractérise la morphologie et la dynamique de recul et conditionne l'exposition à l'aléa. Le « type d’urbanisation » caractérise quant à lui l’étalement urbain, les surfaces urbaines, la proximité à la côte, l’ancienneté de l’urbanisation. Afin de tenir compte des spécificités territoriales, des récits descriptifs et analytiques de territoires archétypiques ont été constitués. Ces récits, basés sur des exemples concrets ont permis de dépasser les limites d’un niveau d’abstraction trop élevé, et d’affirmer une approche ancrée (Cope 2010) qui s’appuie sur des observations réalisées in situ. Six archétypes de territoires ont été élaborés : grande métropole littorale, littoral périurbain et touristique, station balnéaire rurale et son bourg distant en rétro-littoral, petite ou moyenne ville rurale à dominante productive, ville balnéaire renommée « écrin », et système insulaire. Une représentation schématique des archétypes littoraux est disponible en ligne[1]. Pour chacun de ces six archétypes des trajectoires d’adaptation ont été élaborées en fonction d’une hypothèse de hausse du niveau marin soit lente (1 mètre d’ici 2100), soit rapide (1 mètre d’ici 2060). Nous avons ensuite identifié les variables clés des trajectoires d’adaptation et que l’on retrouve dans au moins trois des récits ancrés ainsi constitués.
Résultats et discussions
Les variables clés, dites de déclenchement, induisent des orientations de trajectoires d’adaptation des territoires urbains littoraux. Elles sont rangées en six catégories correspondant à des domaines d’action possible des politiques publiques territoriales, plus une catégorie correspondant aux facteurs exogènes qui influence l’action territoriales.
L’analyse des variables de déclenchement confirme le caractère multidimensionnel et entrelacé des déterminant à l’adaptation. Dans une logique d’intentionnalité et d’analyse des capacités de changement (Termeer et al., 2016) (Dupuis et Biesbroek, 2013), nous pouvons regrouper ces variables en quatre types de ressources à mobiliser pour les territoires : (i) des ressources territoriales (urbanisation, sociodémographie, secteurs économique, attractivité) impliquant des actions cumulatives sur 15 à 20 ans dans le cadre des projets de territoire des collectivités territoriales et une continuité des consensus sociaux ; (ii) des ressources financières des collectivités, souvent très endettées, qui dépendent aussi quant à elles de l’évolution réglementaire et des mécanismes de solidarité financière entre collectivités à différentes échelles ; (iii) des ressources politiques (dispositif réglementaire, coordination multi-échelles, opérations pilotes et fonds dédiés, capacité d’ingénierie et d'intégration dans des réseaux) avec des trajectoires pro-actives ou au contraire des situations d’isolement et d’inégalités ; (iv) des ressources psycho-sociales des habitants (relation au lieu, lien à la nature, concernement à propos du changement climatique) qui conditionnent les motivations intrinsèques des populations et par là, la réception sociale des stratégies d’adaptation. Le pilotage et la mobilisation de ces différents types de ressources impliquent l’accès et le partage de connaissances diversifiées, indispensables à toute logique d’anticipation et d’innovation, notamment pour s’adapter à des transformations inédites des valeurs et des normes à long terme.
Bibliographie
Armitage D.R., Plummer R., Berkes F., Arthur R.I., Charles A., Davidson-Hunt I.J., Diduck A.P., Doubleday N.C., Johnson D.S., Marschke M., McConney P., Pinkerton E.W.,Wollenberg E.K., 2008. Adaptive co-management for social–ecological complexity. Ecol Environ 7(2), 95–102
Cope M., 2010. A History of Qualitative Research in Geography Chap 2., In DeLyser D., Herbert S., Aitken S., Crang M., McDowell L., The Handbook of Qualitative Research in Human Geography, Thousand Oaks, CA: Sage. pp. 25-45
Dupuis J., Biesbroek R., 2013. Comparing apples and oranges: The dependent variable problem in comparing and evaluating climate change adaptation policies, Global Environmental Change, 23 (6).
Haasnoot M., Kwakkel J.H., Walker W.E., Maat J., 2013. Dynamic adaptive policy pathways: A method for crafting robust decisions for a deeply uncertain world, Global Environmental Change, 23.
Termeer C.J.A.M, Dewulf A., Karlsson-Vinkhuyzen S.I., Vink M., van Vliet M., 2016. Coping with the wicked problem of climate adaptation across scales: The Five R Governance Capabilities. Landscape and Urban Planning, 154, 11–19.

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