Rouges, vertes ou brunes telles sont les macroalgues sentinelles du climat littoral.
Résumé
Tout à chacun connait les macroalgues marines comme objets familiers du bord de mer à marée basse [1]. Rouges, vertes ou brunes, les algues fixées sur roches sont naturellement des ingénieures-architectes. Elles assurent le vivre et le couvert à tout un panel d’autres espèces de la flore et de la faune marine [2]. Parmi la faune, invertébrés (coquillages, crustacés et vers marins) et vertébrés (poissons, oiseaux ou mammifères marins) sont les acteurs de réseaux alimentaires à la fois complexes et structurés par l’existence des canopées algales [3]. Les services ainsi rendus aux écosystèmes varient selon l’espèce d’algue, leurs morphologies et l’abondance du couvert végétal.
Biodiversité algale ainsi que couvert végétal sont également connus pour s’ajuster aux contraintes de l’environnement marin tout en réagissant aux pressions humaines [4]. Température, lumière, hydrodynamique (houle, abrasion sableuse), présence d’habitats rocheux adéquats, compétition pour l’espace, interactions biologiques avec la faune des brouteurs [5] sont autant de déterminants agissant sur la répartition des espèces. à l’échelle biogéographique d’une région, comme le golfe de Gascogne, les cortèges floristiques sont un mélange d’espèces d’eau tempérée froide (affinité septentrionale) et d’espèces d’eau tempérée chaude (affinité méridionale). À l’échelle locale d’un site rocheux, comme visible sur nos côtes d’Aix, Oléron ou Ré, un étagement s’opère en plusieurs ceintures entre bas et haut estran. L’étagement est systématiquement caractérisé par des successions d’algues rouges, brunes et vertes [6] conjointement aux successions des communautés animales (hermelles, huîtres, moules, balanes, patelles…) qui les contrebalancent. Perturbations et destructions des habitats littoraux sont aussi le fait des activités humaines telles que pêche à pied avec blocs rocheux retournés, cueillette en coupe rase, eutrophisation, aménagements portuaires et pollution des eaux littorales. Les introductions d’espèces marines exogènes, volontaires ou non, surajoutent un forçage anthropique à la dynamique perturbée des cortèges de macroalgues.
Ces éléments de connaissance sont ici mis en perspective des effets attendus du changement climatique à l’échelle régionale de la Région Nouvelle-Aquitaine (Comité AcclimaTerra [7]). Sur la base d’une analyse historique des connaissances sur la biodiversité des macroalgues des XIX-XXIe siècles [8, 9], de leurs variations spatio-temporelles déjà observées [10], en particulier au Pays Basque [11] comparativement aux Pertuis charentais, il est proposé un tableau de bord synthétique (Tableau 1) où sont clarifiées les réponses des macroalgues, considérées comme sentinelles du climat, aux évolutions attendues des paramètres du changement climatique régional [7].
Ce porté à connaissance détaille la composante végétale des futurs paysages littoraux des Pertuis charentais attendue à l’horizon de ce siècle (Figure 1). Il complète les aspects traits de côte et morphologie littorale abordés par ailleurs. Il s’insère au final dans la nécessité d’identifier les tendances d’évolution de notre patrimoine littoral dans ses dimensions naturelles et culturelles.

Figure 1 : répartition faune-flore sur estran rocheux et tendance d’évolution

Références
1.   Le Gall, L., B. de Reviers, F. Rousseau, & J. Utge, 2011. Les algues du littoral : Mer du Nord, Manche, Atlantique. Découverte nature. Editions OUEST-FRANCE. 32.
2.   Bertolini, C., 2019. Can secondary species maintain a primary role? Consistent inter-regional effects of understory algae on diversity. Marine Biodiversity, 49(2): 841-849.
3.   Schaal, G., P. Riera, C. Leroux, & J. Grall, 2010. A seasonal stable isotope survey of the food web associated to a peri-urban rocky shore. Marine Biology, 157(2): 283-294.
4.   Ar Gall, E., M. Le Duff, P.G. Sauriau, M.N. de Casamajor, F. Gevaert, E. Poisson, P. Hacquebart, Y. Joncourt, A.L. Barille, R. Buchet, M. Breret, & L. Miossec, 2016. Implementation of a new index to assess intertidal seaweed communities as bioindicators for the European Water Framework Directory. Ecological Indicators, 60: 162-173.
5.   Cabioc'h, J., J.-Y. Floc'h, A. Le Toquin, C.-F. Boudouresque, A. Meinesz, & M. Verlaque, 2006. Guide des algues des mers d'Europe. Manche et Atlantique, Méditerranée. Les guides du naturaliste.  Paris: Delachaux et Niestlé. 272.
6.   Floc'h, J.-Y., 1964. Distribution verticale et écologie des algues marines sur les côtes bretonnes. Penn ar bed, 4(37): 182-190.
7.   AcclimaTerra & H. Le Treut, 2018. Anticiper les changements climatiques en Nouvelle-Aquitaine. Pour agir dans les territoires. Editions Région Nouvelle-Aquitaine: Pessac. 488.
8.   Bréret, M., 2008. Inventaire algologique des côtes charentaises 1976 - 2006 : 30 ans d'étude de la SBCO. Bulletin de la Société Botanique du Centre-Ouest, Nouvelle Série, 39: 567-574.
9.   Fischer-Piette, E. & C. Lahondère, 1973-1974. Evolutions récentes de populations de Fucacés de nos côtes Sud-Ouest. Le Botaniste, 56: 5-17.
10. Crisp, D.J. & E. Fischer-Piette, 1959. Répartition des principales espèces intercôtidales de la côte atlantique française en 1954-1955. Annales de l'Institut Océanographique, Paris, 36(2): 275-388.
11. De Casamajor, M.N. & Y. Lalanne, 2016. Intérêt biogéographique de la côte Basque rocheuse. Bulletin de la Société Zoologique de France, 141(1): 3-13.
12. Casado-Amezúa, P., R. Araújo, I. Bárbara, R. Bermejo, Á. Borja, I. Díez, C. Fernández, J.M. Gorostiaga, X. Guinda, I. Hernández, J.A. Juanes, V. Peña, C. Peteiro, A. Puente, I. Quintana, F. Tuya, R.M. Viejo, M. Altamirano, T. Gallardo, & B. Martínez, 2019. Distributional shifts of canopy-forming seaweeds from the Atlantic coast of Southern Europe. Biodiversity and Conservation, 28(5): 1151-1172.

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