Érosion massive du sud-ouest de l’Ile d’Oléron : variabilité du climat et dynamique d’embouchure

Résumé
L’érosion des littoraux est un problème global, qui va s’aggraver du fait de l’élévation du niveau de la mer  associée au réchauffement climatique. L’érosion des littoraux est traditionnellement expliquée par un tarissement des apports sédimentaires des fleuves du fait de la construction de barrages dans la seconde moitié du 20ème siècle et par l’élévation du niveau de la mer. Cependant, ces hypothèses ne permettent pas d’expliquer le recul de plusieurs mètres par an de plages déconnectées des apports sédimentaires fluviaux et soumises à une élévation du niveau de la mer de l’ordre de quelques mm/an, comme c’est le cas au sud-ouest de l’Ile d’Oléron. L’analyse de données historiques du trait de côte et des photos aériennes disponibles sur ce secteur montre que le sud-ouest de l’Ile d’Oléron a d’abord avancé de plus 1500 m entre 1824 et le milieu du 20ème siècle (Bertin et al., 2004). Depuis les années 60, la tendance s’est inversée au sud de l’Ile (Pointe de Gatseau), puis l’érosion s’est propagée vers le nord et touche l’ensemble de la grande plage depuis 1985.
L’analyse des photos aériennes montre en outre une accélération de l’érosion au cours des deux dernières décennies, avec des taux de recul dépassant 30 m/an certaines années sur sud de l’Ile. Afin de mieux comprendre l’origine de ces évolutions spectaculaires, nous avons analysé conjointement des bathymétries et traits de côte historiques allant de l’estuaire de la Gironde au milieu de l’Ile d’Oléron et les climats de vague issus d’une simulation rétrospectives dans l’Atlantique nord sur l’ensemble du 20ème siècle (Bertin et al., 2013). L’analyse de ces données suggère trois phases dans l’évolution de ce secteur : (1) au début du 19ème siècle, la Pointe de la Coubre est située plus de 2000 m à l’ouest de sa position actuelle, si bien que l’orientation du trait de côte présentait une orientation différant de 20° de son orientation actuelle. Bien que nous ne sachions pas quels étaient les climats de vagues au 19ème siècle, cette configuration morphologique complètement différente devait induire une forte dérive littorale vers le nord, qui explique la forte avancée du SO de l’Ile d’Oléron. (2) Au milieu du 20ème siècle, la Pointe de la Coubre a tellement reculé que la côte est globalement orientée nord-sud, tarissant la source de sédiment qui avait permis l’avancée de la Pointe de Gatseau et expliquant le début de son érosion en 1963. Dans les années 60, la persistance de phases négatives de l’Oscillation Nord Atlantique entraine une rotation de la direction des vagues vers le sud-ouest, qui induit une dérive littorale vers le nord le long de la grande plage et explique que la partie nord commence seulement à s’éroder au début des années 80. (3) Depuis des années 80, la pointe de Gatseau a tellement reculé que l’orientation de la côte est modifiée et en l’absence d’apports sédimentaires, l’ensemble celle-ci s’érode selon un mécanisme auto-entretenu : plus la pointe de Gatseau s’érode, plus son orientation évolue, plus la dérive littorale augmente du nord vers le sud, ce qui accentue l’érosion. Ces hypothèses sont vérifiées par le calcul de la divergence les flux sédimentaires induits par la dérive littorale pour 3 dates correspondant à chacune de ces trois phases et pour lesquelles des bathymétries sont disponibles : 1882, 1960 et 2016. Cette étude démontre que les évolutions spectaculaires du trait de côte au sud-ouest de l’Ile d’Oléron résultent d’interactions complexes entre l’embouchure tidale de Maumusson et ses littoraux adjacents. L’analyse des climats de vagues suggère que la variabilité du climat ne joue pas un rôle déterminant dans ces évolutions mais vient simplement les moduler. Enfin, le cas du sud-ouest de l’Ile d’Oléron n’est pas isolé et les côtes adjacentes aux embouchures tidales présentent souvent des évolutions importantes. Ainsi, dans le Golfe de Gascogne, les littoraux adjacents aux embouchures de la Gironde (Pointe du Médoc et Pointe de la Coubre) et du Bassin d’Arcachon (Cap Ferret) présentent également des évolutions morphologiques spectaculaires (Castelle et al., 2018), sans que cela ait un lien avec le changement climatique ou la construction de barrages sur les fleuves.
Remerciements :
Cette étude a été réalisée dans le cadre du projet de Chaire Régionale EVEX. Les données de trait de côte issues de photos aériennes ont été numérisées dans le cadre du stage de Master de Fanny Bliard, avec le soutien de Cecilia Pignon-Mussaud. Les images aériennes utilisées dans cette étude ont été mises à disposition par l’IGN et les images SPOT par le CNES.
Références :
Bertin, X., Prouteau, E. et Letetrel, C., 2013. A significant increase in wave height in the North Atlantic Ocean over the 20th century. Global and Planetary Change 106, 77-83.
Bertin, X, Chaumillon E, Weber N and Tesson M, 2004. Morphological evolution and coupling with bedrock substratum at a mixed energy tidal inlet: the Maumusson inlet, France. Marine Geology, 204, 187-202.
Castelle, B., Guillot, B., Marieu, V., Chaumillon, E., Hanquiez, V., Bujan, S., Poppeschi, C., 2018. Spatial and temporal patterns of shoreline change of a 280-km high-energy disrupted sandy coast from 1950 to 2014: SW France. Estuarine, Coastal and Shelf Science, 200, pp. 212-223.

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